Tel était le thème proposé par l’association la Pasture, qui organisait la Fête paysanne de Durban, ce 17 mai. Comment faire rhizome pour une meilleure efficacité dans nos actions ? Le Tiers-lieu paysan Beauregard était invité à co-animer cette journée.

Faire rhizome1 ? La métaphore convoque un réseau souterrain, invisible mais d’une efficacité extraordinaire. Si on coupe une plante, la voilà déjà qui repousse. Ce modèle sans tête est une perspective d’auto-organisation du tissu associatif et militant, qui va être discuté tout au long de la journée.

Le marché de producteurs s’est installé tôt dans la matinée sur l’esplanade des platanes. On retrouve le collectif Mut Vitz, à la torréfaction de leur café zapatiste, des maraîchers, des horticulteurs, des vignerons, des artistes et artisans… Le village associatif est installé dans cette continuité, le long de la Berre. Le tiers-lieu y tient deux stands.

Le groupe Livres et Atelier partagé

Le groupe d’action Livres, l’un des derniers constitués, réalisait sa première sortie, en partenariat avec la Librairie Les arts de lire de Lagrasse, également présente. Parmi les nombreux textes sélectionnés : Notre pain est politique, Une autre Cantine est possible, Agricultrices, Comment s’organiser ? Manuel pour l’organisation collective, Les marchands de soleil, Quotidien Politique, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce…

L’atelier partagé, qui se réunit maintenant tous les mercredis après-midi, a également tenu un stand. En vitrine, la réalisation en cours dans le cadre du groupe – un râtelier construit avec du métal de récupération – et autres outils auto-construits de l’Atelier paysan, ainsi que la distribution des Correspondances paysannes, de Reprendre la terre aux machines (le manifeste politique) et de quoi effectuer son adhésion à l’association. 

Présentation du Tiers-lieu

A 11h, le forum a commencé doucement à se remplir, avant de déborder de monde pour la présentation du TLP et de nos différentes actions. Un défilé de membres parmi lesquels Karine, qui a pu témoigner de l’isolement initial de la démarche alternative à Beauregard, puis de la progressive émergence de la dimension collective. Ensuite, Nicolas est intervenu sur le projet politique de l’Atelier paysan et sur les limites des alternatives agricoles. Nous avons besoin d’engager des rapports de force et des actions d’éducation populaire dans le territoire, porter des alternatives ne suffit pas.

Saber a initié la présentation des groupes d’action avec Entraide et mutualisation, détaillant la structuration de l’entraide agricole, citoyenne et des chantiers à venir. Et puis Tony pour le groupe Atelier partagé, témoignant des différents niveaux des membres qui apprennent ensemble et se félicitent d’un apéro en suivant. Yves a présenté le groupe Educ pop et Fanny pour le groupe Livres. Pour terminer, Karine a parlé du dernier groupe né, Des jardins aux greniers, apportant l’enjeu de la mutualisation de la terre et des savoirs faire. 

Dans la foulée, l’heure du repas s’est fait ressentir à la longueur de la queue devant la cantine de la Pasture. On mange sur des grandes tablées avec des personnes que l’on retrouve, croise ou rencontre. D’autres, à l’ombre des arbres, pique-niquent avec des produits du marché : du fromage, du pain, des pâtisseries, du vin de la Rune ou d’autres producteurs des Corbières… 

Trois ateliers

Les travaux reprennent l’après-midi autour de 3 ateliers, auxquels sont invités à participer les différentes organisations, associations, collectifs et personnes présentes : « Interconnaissance et visibilité sociétale », « Faire face au contexte politique hostile », « Mutualisation et coopération ». Trois assemblées se constituent, et chacun vaque selon ses préoccupations, objectifs ou ressources, avant de se retrouver en plénière deux heures plus tard, pour une mise en commun.

Comment allouer un peu des ressources que l’on investit dans nos associations, pour les mettre dans un pot commun ? Voilà comment résumer les travaux, différemment déclinés selon les ateliers : mise en commun de moyens de communication, cartographier les associations et les luttes du territoire, mais aussi les décideurs pour savoir qui et comment interpeller, besoin d’un lieu relai (fût-il ambulant) pour réduire les distances et de rencontres inter-associatives. La question d’investir les conseils municipaux a été portée. Il a aussi été question de se retrouver sur des termes, des évènements et des luttes communes.

La première décision collective est de se retrouver à Tournissan le 6 juin à l’appel du collectif STOP Centrale. De mobiliser largement dans nos réseaux pour faire masse et imposer un débat démocratique avec les habitants sur l’implantation du photovoltaïque sur les terres agricoles.

En un an, nous rappelait Yves en début d’après-midi, le tissu associatif a perdu 12 000 emplois salariés, « une saignée »2. Plus tôt dans la matinée, le stand AFPS (France Palestine Solidarité), s’est fait censuré par une descente de gendarmes, forçant le retrait du drapeau palestinien et des termes STOP GENOCIDE. Face à ce contexte politique hostile, le monde associatif va devoir se politiser et faire front ou périr. 

Mais la perspective de faire rhizome est un positionnement collectif à investir et à tenir. D’autant plus avec les forces réactionnaires qui se diffusent progressivement dans les Corbières et partout ailleurs et modifie l’équilibre politique. De nombreuses perspectives ont été lancées pour les mois à venir.

Parmi les organisations présentes ce jour à Durban : 

La maison du Rollier (Villar-en-Val), L’Œil du Gabian (Port-la-Nouvelle), la Caisse d’Alimentation de Lézignan (Lézignan-Corbières), Collectif Citoyen Corbières Vivantes (Laroque-de-fa), Développement Durable en Corbières Minervois (Ferrals-les-Corbières), Protection de la Plage et de la Falaise de Leucate (Leucate), Solida Lagrasse (Lagrasse), Durban au Cœur (Durban), Café associatif AN NOU AY (Durban), Librairie des Arts de Lire (Lagrasse), La Maison de l’Omeau (Coustouge), Un Pas de Côté (Narbonne), Maison des Potes (Narbonne), Écologie dans le Carcassonnais, les Corbières et le Littoral Audois (ECCLA) (Narbonne), Eurocultures en Corbières (Albas), Ligue pour la Protection des Oiseaux (Tournebelle, Gruissan), Le Tremplin 111 (Portel-Des-Corbières), UNESCO Terres de l’Aude (Narbonne), Association France Palestine Solidarité 11 (Narbonne), La Pasture (Saint-Jean de Barrou), SOS Méditerranée Aude (Carcassonne), Greenpeace Aude (Narbonne), MUT VITZ 11 (Narbonne), Les arbres citoyens (Fabrezan), ASOC Association Solidaire des Corbières (Ferrals-des-Corbières), Collectif des Cyprès (Saint-Pierre des Champs), Terre de Liens (Limoux), Chemin Cueillant (Azillanet), SDN 11 (Sigean), Le Clairon Nouveau (de l’Atax), Les Z’alim, Corbières Solidaires Grands Feux.

  1. Le terme a été popularisé par les travaux de Deleuze et Guattari (1980)  ↩︎
  2.  « 12 305 emplois disparus en un an : dans le secteur associatif, la grande saignée » Médiapart, Pierre Jequier-Zalc, 14 avril 2026 ↩︎