Un groupe citoyen de personnes touchées ou engagées pour décider de la cagnotte

La première rencontre du Groupe d’habitants du Tiers-lieu paysan Beauregard (TLPB) s’est tenue le 21 février 2026 à Thézan-des-Corbières, chaleureusement accueillie par Bruno Savelli, proche de sinistrés et bénévole engagé, qui en assurait également l’organisation. Onze habitantes et habitants du territoire étaient présents, rejoints par huit personnes excusées mais engagées dans la démarche, constituant ensemble un collectif d’une vingtaine de membres.

La séance s’est ouverte par un tour de table où chacun a pu dire d’où il venait, ce qu’il avait vécu, et ce qui l’amenait à s’engager dans cette démarche. Ce moment simple a posé le ton : un groupe fait de personnes concernées, touchées ou engagées, réunies pour avancer ensemble sans précipitation, avec le souci de bien faire.

Nicolas Mirouze a ensuite rappelé la raison d’être du TLPB : agir par la mutualisation et l’entraide pour soutenir la diversification agricole, tout en rassemblant largement au-delà du monde paysan. Depuis les grands feux de l’été 2025, le TLPB s’est engagé dans des « arpentages » auprès des sinistrés dès la réouverture des routes, l’écoute des récits, la mise en place de chantiers participatifs dans le cadre de l’initiative Corbières Solidarité Grands Feux, soutenue par des associations amies comme l’ASPIC ou Chemin Cueillant, qui a permis de mobiliser des dizaines de bénévoles, de créer des liens nouveaux et de faire émerger une solidarité concrète, ancrée dans le territoire, pour répondre à l’urgence et anticiper la régénération.

L’Assemblée générale du TLPB a pris une décision forte le 10 janvier dernier : confier la gestion de la cagnotte de solidarité, lancée en août et clôturée en décembre, à un groupe composé de personnes directement concernées — sinistrés, bénévoles, habitantes et habitants impliqués. Une manière d’assumer que ceux qui ont vécu les feux, ou qui se sont engagés auprès des sinistrés, sont les mieux placés pour décider de l’usage de ces fonds. Le Groupe d’habitants naît ainsi d’un double mouvement : répondre à une urgence concrète, et expérimenter une forme locale de démocratie participative capable de s’étendre à d’autres enjeux du territoire.

Pour garantir transparence et apprentissage collectif, la Fabrique des communs du TLPB a conçu et proposé la mise en place un dispositif d’enregistrement et de suivi.

Le rappel inaugural du contexte et de la mission de cette assemblée s’est déroulé dans une ambiance attentive et respectueuse. Personne n’a exprimé d’objection au dispositif d’enregistrement et la décision a été actée sereinement. Puis, la rencontre s’est ensuite organisée en deux ateliers préparés en amont par Bruno et Nicolas avec l’appui de la Fabrique des Communs.

Atelier 1 — Travail collectif sur un texte fondateur

Les participants ont travaillé à partir du texte rédigé par La Fabrique. La version longue, dense et ambitieuse, a suscité quelques remarques sur sa complexité, mais le fond a été largement partagé. La version courte, plus accessible, a permis de clarifier l’intention : « le Groupe d’habitants est une petite assemblée citoyenne locale, réunissant des personnes directement concernées pour décider, en connaissance de cause, de l’usage de la cagnotte — et, au-delà, pour tester une manière de prendre ensemble des décisions concrètes pour la transformation agroécologique du territoire. » L’assentiment général a confirmé que le groupe avançait pas à pas, en cherchant la justesse plutôt que la vitesse.

Atelier 2 — Composition du groupe d’habitants

La discussion sur la taille du groupe a rapidement fait apparaître un équilibre à trouver : être assez nombreux pour refléter la diversité des situations vécues après les feux, sans devenir un collectif trop lourd pour fonctionner en sociocratie. Tout le monde a reconnu qu’un groupe trop grand serait difficile à animer, tandis qu’un groupe trop restreint risquerait de manquer de représentativité et de surcharger les plus touchés, déjà éprouvés par le contexte post‑traumatique.

L’objectif s’est donc stabilisé autour d’un format permettant environ quinze personnes présentes à chaque séance, en intégrant les absences inévitables. Pour y parvenir, les participants ont convenu que chacun inviterait une personne directement concernée, ce qui devrait amener 5 à 10 nouvelles entrées. Après quelques désistements probables liés à l’engagement demandé, cela devrait conduire à un groupe potentiel de 20 à 25 personnes, permettant de réunir 12 à 20 membres lors des réunions.

Ce format a été jugé idéal pour garantir à la fois la représentativité des vécus, la capacité d’aller à la rencontre d’autres sinistrés pour s’informer, et une dynamique de travail fluide et soutenable. Cette mission d’aller vers d’autres sinistrés, déjà au cœur de l’expérience d’arpentage menée après les feux, a été reconnue comme essentielle : elle permettra de comprendre les situations sans exiger des sinistrés qu’ils portent la charge du processus décisionnel, mais que celui-ci se fasse « en connaissance de cause ». Le groupe assume ainsi une responsabilité première d’écouter, documenter, restituer, et nourrir la décision collective.

Le besoin de supports de communication courts et percutants a été exprimé, notamment pour faciliter le recrutement et informer lors des futurs arpentages. Le groupe Communication du TLPB sera sollicité. Par ailleurs, la nécessité de rouvrir la base d’arpentage et celle des bénévoles a été soulignée pour renouer le lien avec le terrain. Nicolas s’est engagé à préparer cette relance.

Les objectifs fixés pour la prochaine rencontre témoignent de cette volonté d’avancer lentement mais sûrement :

  • établir un contact avec sinistrés et bénévoles pour recueillir leurs expressions ;
  • assurer une représentation des différentes situations de vulnérabilité ;
  • mobiliser les personnes en charge des arpentages au TLPB pour recueillir leur expérience et témoignages.

La discussion a également permis de faire remonter des difficultés persistantes rencontrées par certains sinistrés : problèmes d’assurance, résiliations de contrats, expertises contestées. Ces témoignages ont rappelé l’importance de la mission du groupe et la nécessité de garder un rythme qui permette d’écouter, comprendre et décider avec soin.

L’ordre du jour étant épuisé, le groupe a fixé sa prochaine rencontre : samedi 21 mars 2026, à 14H à Bizanet, chez Marc Dugurhem. Bruno, hôte de cette première séance et maître d’œuvre de son organisation, s’est proposé pour rédiger le compte rendu et partager l’ensemble des documents utiles : ceux préparés par la Fabrique des Communs pour cadrer la mission, la communication et les exigences déontologiques du dispositif de suivi, ainsi que les ressources sur la sociocratie et la décision par consentement recommandées par les participants déjà formés dans le cadre de l’expérimentation de Sécurité sociale de l’alimentation de Lézignan-Corbières.

La dynamique est lancée. Suite au prochain numéro !

Pour en savoir plus

Présentation du groupe d’habitants